En souvenir du commandant Dieudonné de Laubier
mort pour la France le 14 mai 1940 à Sedan
parrain de la Base aérienne militaire 901 de Drachenbronn.




Ce site propose de rappeler les circonstances de la mort du commandant du Groupe de Bombardement de Nuit Il/34 au cours d'une mission de guerre le 14 mai 1940 vers 13h au dessus de Sedan, d'indiquer des éléments de bibliographie, de rappeler les commémorations dont sa mort pour la France ont été l'objet et de présenter la Base militaire aérienne 901 qui a choisi en 1991 de prendre le nom de tradition "Commandant de Laubier".






Circonstances

Le 1er septembre 1939 l'Allemagne envahit la Pologne, le Royaume-Uni suivi par la France déclarent la guerre à l'Allemagne. Pendant les 10 mois de la "drôle de guerre", il ne se passe quasiment rien sur le front de l'Ouest. Le 10 mai, le gros des forces allemandes envahit par surprise la Belgique, le Luxembourg et la Hollande tandis que 10 divisions de Panzers traversent rapidement les Vosges boisées en direction des Ardennes. A l'abri d'une poche conquise le 13 mai sur la rive gauche de la Meuse à Gaulier, faubourg Nord de Sedan, les pontonniers allemands construisent un pont de bateau dans la soirée et la nuit du 13 au 14. Le Haut commandement français, stupéfait de voir le front percé au quatrième jour de l'offensive et là où on ne les attendait pas, décide en catastrophe d'envoyer le 14 mai toutes les forces de bombardement de l'Armée de l'Air disponibles avec pour objectif de détruire ce pont de bateau de Sedan où, depuis l'aube, les chars de la 1ère Panzer, sous les ordres du général Gudérian, traversent la Meuse.



Général Hanz Gudérian observant le passage de la Ière Panzer sur le pont de bateau de Gaulier

Treize Groupes de Bombardement (13 GB composé de deux escadrilles de 4 avions + celui du commanadant du GB soit 13 avions) x 13 = 169 bombardiers en théorie) ; 65 sont prêts à entrer en action, les 104 autres manquants à l'appel à quelques heures ou détails prêt ; 43 vont s'envoler le 14 mai vers Sedan. Après plusieurs abandons (pannes réelles ou prétendues) ou refus de la 38 d'obéir à un ordre suicidaire , 30 vont aller sur Sedan : 9 Bréguet 693 modernes (des GB I/54 et GB II/54) à l'aube, 15 à la mi-journée (5 des GB I/12 et GB II/12, équipés des modernes LeO 45, et 10 bombardiers de nuit des GB I/34 et GB II/3 équipés de vieux Amiot 143) et enfin, à la nuit tombée, 6 (des GB I et GB II/15) équipés de bombardiers de nuit Farman 222).

Présence à Sedan du Bombardement français le 14 mai 1940 :

        

30 appareils : 9 Breguet 693(modernes) à l'aube, 5 LeO 45 (modernes)à mi-journée, 10 Amiot 143 (obsolètes) à mi-journée et 6 Farman 222 (obsolètes) la nuit tombante

Le pont de bateau de Sedan où passe la Ière Panzer est le seul opérationnel dans la journée du 14 ; ceux que construisent les IIème et Xème Panzer à Donchery et Wadelincourt de part et d'autre de Sedan ne le seront que le lendemain. Il ne sera jamais touché et toute la Ière Panze s'engoufrera par là dans la journée. Ce qui est surprenant d'ailleurs c'est qu'il ne sera finalement jamais visé puisqu'à la suite d'une fausse information lancée par le IIème Bureau (Colonel Lacaille) de la IIème Armée d'Hutzinger, l'État-Major décide de modifier l'objectif initial au tout dernier moment.



Télégrammes à Trinité (Lt-Col Aribaud de la 38), Tripoli (Colonel François de la 34) et Songe (Colonel Lefort de la 12)

Total des pertes françaises de la journée du 14 mai 1940 pour l'ensemble de l'Armée de l'Air : un seul bombardier abattu par la Flack qui entoure le pont de bateau de Glaire entraînant la mort au combat de 3 de ses 5 occupants : Commandant de Laubier, Lieutenant Vauzelle et Sergent-chef Occis du GB II/34. En outre, un LeO 45 du GB I/12 est mis en flamme par la chasse ennemie 10 km avant d'arriver sur Sedan : deux aviateurs sautent en parachute mais le sous-lieutenant Hugot et l'adjudant-chef Leroy sont tués dans l'explosion de l'appareil.

Mais au soir du 14, l'audacieux plan Manstein qui avait donné corps à cette intuition tactique d'Hitler de réaliser un Sichelschnitt (coup de faucille) du front français dès le début de l'attaque en plein centre de la ligne de défense adverse, est en passe de réussir avec cette percée de Sedan. Le lendemain 15 mai au matin, Paul Reynaud, qui a longtemps travaillé avant la guerre avec de Gaulle sur l'emploi des chars, en a aussi l'intuition et téléphone à Churchill : Nous sommes battus, la contre-attaque menée contre les Allemands à Sedan a échoué. La route de Paris est ouverte. La bataille est perdue". Il aura donc suffi de cinq jours de campagne aux forces allemandes pour transpercer un front continu que les stratèges français, imbus des souvenirs de la Grande Guerre, jugeaient inviolable. C'est donc bien le 14 mai qu'à lieu à Sedan la journée cruciale qui fut suivi par la défaite en 46 jours de la réputée première Armée du Monde.





Portrait du commandant Dieudonné de Laubier :
un symbole de ces combattants qui ce jour-là ont sauvé l'honneur.


(Remerciement au Colonel d'Aviation Henri Guyot pour ce texte paru dans www.traditions-air.fr)
    Jean-Dieudonné de Laubier s'est engagé pour la durée de la première guerre mondiale en octobre 1914 à l'âge de 17 ans et 3 mois. A la fin de 1917, après 41 mois de présence au front, dans le corps des Crapouillots, il a obtenu quatre citations. Officier en février 1918, il rejoint en septembre l'aviation militaire. Après la guerre, il réussit le concours de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr et rejoint à sa sortie, en 1923, le 32ème régiment d'aviation. Breveté observateur puis pilote d'avion en 1924, il effectue le parcours suivant au sein de l'aviation militaire puis de l'Armée de l'Air : commandant d'escadrille en 1935, commandant de groupe à la 38ème escadre de bombardement en 1938, commandant du groupe de Bombardement II/34 à partir du 6 janvier 1940.


    Le commandant de Laubier força son destin plusieurs fois :
  • D'abord, en novembre 1940 : en cours de transformation pour l'aviation de chasse à Caen-Carpiquet, il demanda (par lettre du 6 novembre 1939) à être affecté immédiatement au front dans une spécialité qu'il connaissait bien. Il fût ainsi affecté en janvier 1940 comme commandant du groupe de bombardement II/34.
  • Puis, le 13 mai 1940 : après une attaque de la ville de Rochefort en Belgique, il ramena son vieil Amiot 143 à Nangis, l'empennage complètement déchiqueté par un obus.
  • Enfin, le 14 mai 1940 : ce jour-là, le commandant de Laubier ne devait pas voler ; il rentrait de mission et son avion n'était pas disponible. Mais, au moment où ses équipages partaient pour une mission sacrifice, il arrêta l'un des avions (le n° 56) qui roulait déjà et prit le commandement de l’avion. Et c'est sereinement, conscient des risques, qu'il assuma ainsi son rôle de chef.



    Conçu en 1931 et fabriqué entre 1935 et 1937, l'Amiot 143M en 1940 avait été laissé sur place par l'évolution rapide de la technologie aéronautique et a cessé d'être fabriqué. Le GB II/34 qui en est équipé reçoit un par un depuis le 10 mai les Amiot 350 ultramodernes qui le remplacent, mais trop tard.

    L'Amiot 143 n°56 fut abattu par la FLAK allemande à Sedan, au dessus du pont de bateaux où passaient depuis l’aube les chars allemands réussissant contre toute attente cette funeste Percée de Sedan qui fut à l’origine de la défaite de l‘armée française. Le commandant de Laubier, le lieutenant Vauzelle, le sergent-chef Occis tombèrent avec l'avion. Seuls le sergent mitrailleur Gelly et le sergent radio Ankaoua purent utiliser leur parachute.

    Le commandant de Laubier était chevalier de l'ordre national de la Légion d'honneur. Il était décoré de la Croix de guerre (5 étoiles avec palme), de la Croix du combattant volontaire, de la Médaille commémorative 14-18 et de la Médaille interalliée. Il a également obtenu nombre de citations : à l'ordre du régiment en 1915, à l'ordre de la division en 1916, à l'ordre de l'artillerie en 1917, à l'ordre général du XIe corps d'armée, à l'ordre de la 4ème brigade du Maroc, et enfin à l'ordre de l'armée aérienne en 1940 : Officier supérieur, pilote observateur de la plus haute valeur morale et militaire. Commandant de groupe payant de sa personne, toujours prêt à prendre la tête de ses équipages pour toutes les missions de guerre. A effectué plusieurs reconnaissances profondes de nuit dont une le 13 mai 1940, qui lui permit de rapporter des renseignements précis malgré un violent tir de la défense antiaérienne adverse. Le 14 mai 1940, a participé au bombardement à basse altitude d'éléments blindés ennemis. A trouvé la mort dans l'accomplissement de sa mission. Cette citation comporte l'attribution de la Croix de guerre avec palme.

    Le commandant de Laubier est tombé pour la France et devient le symbole des combattants qui ont alors sauvé l'honneur. La Base aérienne 901 de Drachenbronn a choisi en 1991 de prendre le nom de tradition «Commandant de Laubier» et commémore régulièrement la mort au combat de son «parrain». Elle a inauguré en 1998 une salle du souvenir où sont exposés des documents et des objets remis par la famille. En 2007, est créé un site internet dédié à sa mémoire.




Bibliographie

1942 : L'Escadre invisible Ceux du Bombardement de nuit de Roger Labric (Éditions Chantal - mai 1943), dédié aux anciens de la 34 qui retrace l'action du Groupement de Bombardement 9 du 10 mai 1940 à sa dissolution le 24 août 1940. Citation de la page 45 : "Pour ne pas changer, le Commandant de Laubier décollera à la tête de ses équipages, à bord de l'avion Amiot 143, n° 56. Le n° 118, son avion habituel étant indisponible par suite du changement de son empennage".

1945 : Équipages dans la Fournaise (Flammarion - 1948) par le Général René Chambe. Récit de la mission du 14 mai 1940 au chapitre IV. Très romancé et parfois délirant quand, imaginant le commandant de Laubier prenant la place de mitrailleur arrière, l'avion en feu et tirant sur on ne sait quoi. Or Robert Ankaoua, mitrailleur arrière justement, affirme que de Commandant a fait descendre le sergent-chef Oeillard, mitrailleur avant et qu'il a pris de commandement à la place du lieutenant Vauzelle qui s'est installé comme mitrailleur avant. Puis imaginant des échanges de politesse avec le lieutenant Vauzelle, chef de bord avant l'arrivée du commandant de Laubier, pour savoir lequel des deux officiers sauterait le premier.

1968 : Désobéissance (éditions du Seuil - 1968) de Casamayor. C'est le nom de plume de Serge Fuster (1911-1988) qui est un magistrat et écrivain français. Il a écrit une vingtaine de livres, principalement des essais consacrés à la justice. Il écrit des tribunes remarquées pour le journal Le Monde. En 1940, Serge Fuster est lieutenant-aviateur au GB I/38 du Groupement de Bombardement n°10 sous les ordre du Lt-Col Aribaud. Il raconte dans un Roman DESOBEISSANCE le refus du commandant du Groupement 10 de bombardement de nuit (I/38 et II/38) encore équipés des vieux Amiot 143 comme les I/34 et II/34) d'obtempérer aux ordres donnés. Serge Fuster a lu le projet d'article de Philippe de Laubier qu'il avait pris en sympathie et vivement souhaité la parution de cet article qui tranchait sur une vision lénifiante de l'action de l'Armée de l'Air en 1940.

Visite de Philippe de Laubier à Serge Fuster

1971 : Revue Icare (Printemps-Eté 1971 : 1939-40 La Bataille de France III) :
  • éditorial du rédacteur en chef, Jean Lasserre (page 31) : La personnalité du commandant Dieudonné de Laubier "éclaire comme un symbole ce numéro d'ICARE consacré à ceux du Bombardement".

  • Une Mission Sacrifice, Détruire les ponts de la Meuse, par le colonel Jean Veron (page 122). Capitaine du GB I/34, il est le 14 mai à 13h en tête de la formation des 10 bombardiers de nuit Amiot 143 des GB I et II/34 et du GB II/38 qui va à Sedan : Un article qui reprends les termes du compte-rendu très détaillé qu'il rédigea à son retour. Il a fortement encouragé la parution de l'article Le Bombardement français sur la Meuse le 14 mai 1940 dans la Revue Historique des Armées en 1985. Il est décédé à Paris à l'âge de 97 ans.

  • Le 14 mai à Sedan par Robert Ankaoua (page 128) : Navigateur radio de l'Amiot n° 56 du GB II/34 qui part le 14 mai sur Sedan, il raconte comment le commandant de Laubier arrêta l'Amiot qui roulait, pris la place de commandant d'avion. Il fut l'un des deux aviateurs qui purent sauter en parachute ; il rend dans cet article un hommage très émouvant à son chef. En 1941, prisonnier de guerre échappé, il écrira à la veuve du commandant de Laubier une longue lettre décrivant en détail la mission. Il est resté très proche de la famille de Laubier avec des représentants de laquelle il a participé à des commémorations et fêté en 2014 son entrée dans sa 100ème année.


    1984
    : Article du pilote Philippe Brondet (cliquez ici) dans le Bulletin des Ailes brisées de janvier 1984.

    1985 : Article Le bombardement Français sur la Meuse, le 14 mai 1940 par Philippe de Laubier (Cliquez ici), paru dans la Revue Historique des Armées (n° 160 en octobre 1985).
    C'est dans les années 1970 que le Service Historique de l'Armée de l'Air à Vincennes à l'époque dirigé par le Général Christienne puis le Général Robineau (aujourd'hui fusionné dans le Service Historique de la Défense) autorisa à l'un des sept enfants du Commandant (âgé de 6 ans et demi en mai 1940) l'accès encore fermé des archives de 1940. Cela lui permit non seulement de consulter et photocopier les principales pièces des dossiers conservés mais encore de retrouver les principaux protagonistes de cette journée à commencer par MM. Ankaoua et Gely qui sautèrent en parachute et aussi les deux chefs d'Escadrille sous les ordres de son père (Général Grimal et M. Debrabant) ainsi que le Colonel Véron (son homologue, chef du GB I/34) et les chefs d'escadrille des GB I/38 (Général de Contenson) et II/38 (général Marie). Philippe de Laubier rédigea en 1975 un compte rendu de ses recherches qu'il remis au directeur du SHAA (général Lucien Robineau) et au président du Comité d'Histoire de la IIème guerre mondiale, M. Henri Michel.

    Les généraux Christienne et Robineau, successivement chefs du Service historique de l'armée de l'air (SHAA) dans les années 80, ont pris l'initiative de faire paraître ce compte-rendu sous forme d'un article dans la Revue Historique des Armées.



    C'est ainsi que paru en octobre 1985, avec de nombreuses photos issues du SIRPA AIR, sous le n° 160 de cette prestigieuse revue l'article : "Le bombardement Français sur la Meuse le 14 mai 1940". Cet article qui montrait crûment des aspects critiquables du comportement de certains officiers (décisions inadaptées au plus haut niveau, refus d'obéissance d'un chef de corps, lâcheté de certains aviateurs ; mais aussi héroïsme d'autres) provoqua six mois après une diatribe entre un des officiers d'un GB concerné devenu général et l'auteur qui fut accusé de "déshonorer" l'Armée de l'Air. Il exigea du général Robineau l'insertion dans un prochain courrier des lecteurs d'une longue lettre de protestation. Celui-ci, qui avait voulu faire paraître cet article qui tranchait sur des récits par trop lénifiants de l'époque, décida, après consultation de deux anciens chefs d'État-Major de l'AIR, de rejeter cette demande. Ce fut le seul incident et on verra ci-après que cet article fut considéré comme un aspect utile à la compréhension de la défaite de 1940.

    En 1990, la Base aérienne 901 de Drachenbronn ayant demandé au SHAA de lui trouver un "parrain", le général Robineau proposa les noms de trois aviateurs exemplaires dont le Commandant de Laubier qui fut finalement choisi.

    1990 : Les Français de 1940, tome II (NRF, Gallimard - 1990) : l'historien Crémieux-Brillac présente clairement les comportements différents d'officiers supérieurs de l'aviation française lors de cette journée cruciale où la bataille de France fut perdue.

    Lecture des pages 662, 663 et 664 :

    Pour détruire les ponts de Sedan

    Lucidité,conscience professionnelle, dévouements retrouvent dans la journée charnière du 14 mai 1940 où le secteur de Sedan achève de s'effondrer : tout concourt à ce que les drames individuels s'y conjuguent au drame militaire, y compris le choix ou le refus de l'obéissance passive. Sous l'image d'Épinal transparaît, dans le détail des petits faits, le tableau, plus complexe et plus heurté qu'on ne I'a dit, d'un corps d'élite durement éprouvé. Il faut s'y arrêter.
    Dans la soirée du 13 mai, le haut commandement, alerté sur la gravité de la situation au sud de Sedan, a prescrit deux contre-mesures : une attaque coup de poing de la 3' division cuirassée pour réduire la poche ennemie au sud de la Meuse - attaque qui n'aura pas lieu - et l'intervention de toute l'aviation alliée contre les ponts que lancent les Allemands à Sedan, avant tout contre le pont de bateaux de Gaulier. "La victoire ou la défaite passent par ce pont", téléphone Billotte.
    La R.A.F. attaque la première avec deux vagues d'avions à 4 h 30 et 6 h 30 du matin. Entre-temps, on a mobilisé le ban et l'arrière-ban de l'aviation française. Elle n'a que 65 bombardiers disponibles, dont 27 avions modernes aptes aux opérations de jour et 38 appareils anciens réservés aux opérations de nuit ; parmi ces derniers, 27 appartiennent à la fin de série des Amiot 143 qui volent à 275 km/h.
    D'Astier a prévu d'excepter les vieux et lents Amiot. Vuillemin, a-t-il indiqué par la suite, lui a prescrit de les envoyer aussi. Toute l'aviation française doit donc aller à Sedan. Les réactions, dans les unités, combinent curieusement les réticences et l'esprit de discipline.
    " Les Amiot, de jour ? s'exclame le capitaine Véron, commandant du groupe 34/1. Nos équipages sont braves mais ils n'ont pas vocation au suicide ni à la palme du martyre. Est-ce sans appel ?
    - Oui.
    - Dans ce cas, vous pouvez compter que chacun fera son devoir ".
    Véron n'a plus que cinq avions disponibles. Il prend sur lui de décider que trois seulement partiront : il pilotera l'un, ses chefs d'escadrille piloteront les deux autres.
    Au 34/2, le commandant Dieudonné de Laubier, qui revient d'une mission de nuit sur la Belgique, estime " impossible d'ordonner aux équipages d'y aller sans partir avec eux. "
    A la 38ème escadre, le lieutenant-colonel Aribaud décide, malgré l'ordre contraire du général Escudier, de prendre la tête de l'un de ses groupes.
    Survient alors une péripétie qui pouvait changer bien des choses : à 9 h 45 et à 10 h, deux messages téléphonés de l'état-major annoncent que les ponts sur la Meuse de Sedan sont détruits. Fausse nouvelle de source britannique que vient de confirmer l'état-major de la II'armée. En fait le pont de Gaulier est intact et les chars allemands le traversent depuis six heures du matin.
    L'opération vers Sedan est limitée en conséquence à la rive nord du fleuve : "Insistez sur la zone Sedan-Givonnes-Bazeilles".
    Ainsi, contrairement à la légende, les groupements 9 et 10 vont aller bombarder non pas les ponts de bateaux, mais une zone de 20 km à l'est de Sedan où se concentrent les blindés allemands. Dans la confusion de cette journée, l'ordre suicidaire d'envoyer les Amiot de jour à basse altitude n'est pas révoqué. Alors que les chefs de groupe pouvaient comprendre que l'on mobilise, même dangereusement, l'aviation de bombardement contre des ponts de bateaux par où se ruait l'ennemi,ils reçoivent - pour la plupart vingt minutes avant l'envol - à la fois la confirmation de leur engagement et les messages qui changent l'objectif.

    Le colonel Aribaud et le commandant de Laubier

    Ici se place un épisode singulier qu'un ancien de la 38 escadre, connu depuis sous son nom de plume de Casamayor, a fait revivre dans un livre également singulier intitulé Désobéissance.
    Le groupement d'Amiot 38/2, dont le lieutenant-colonel Aribaud a décidé de prendre la tête, manque le rendez-vous avec la chasse. Dans le récit de Casamayor, "le colonel" (qui n'est pas nommé) ,manque exprès ce rendez-vous parce qu'il trouve absurde l'ordre qui envoie ses équipages "en mission de sacrifice".
    [...]Le colonel expliqua le rendez-vous manqué Par une distraction de sa part et une erreur du navigateur. L'État-Major y vit une dérobade. "Ou va l'Armée, dit un témoin, si l'exécution des ordres n'est plus assurée ?". Aribaud, sévèrement jugé par ses pairs, failli y perdre son commandement.
    [...] Le commandant Dieudonné de Laubier est allé, lui, à Sedan. Saint Cyrien catholique, homme de devoir et de tradition, il y est allé de son libre choix. Il avait toutes les raisons de ne pas partir, car son avion de retour de mission, était inutilisable. Les témoins nous le montrent arpentant l'herbe du terrain de Nangis avec un de ses officiers, évoquant " les divisions, les faiblesses et les imprévoyances qui, depuis des années, minent la capacité de résistance française". A 11 h 25, les moteurs tournent, les équipages sont à leur poste : il fait descendre un sous officier d'un appareil et prend sa place.
    [...] Le commandant de Laubier n'est pas revenu de Sedan.

    L'historien indique en note 1 page 663 que son récit "doit beaucoup" à un document anonyme, déposé au Comité d'Histoire de la IIème guerre mondiale, intitulé : L'Activité de l'aviation de bombardement le 14 mai 1940. Il s'agit en réalité du compte rendu des recherches effectuées au SHAA à la fin des années 70 par un fils du commandant de Laubier dont un exemplaire à été remis au SHAA et un autre au Comité d'Histoire de la IIème guerre mondiale. Ce document, on l'a précisé à la rubrique de cet article, sera la base de l'article paru en novembre 1985 dans la Revue Historique des Armées n° 160.

    1997 : "Les sacrifiés de la première heure", par Michel Bénichou paru dans Le Fana de l'Aviation n° 332 de juillet 1997. Rédacteur en chef du Fana de l'Aviation depuis 1981, Michel Bénichou est journaliste et pilote privé. Il a traduit une douzaine de livres consacrés à l'aéronautique, commenté et réalisé des reportages pour la télévision, et participé à des émissions radiophoniques.

    Article Wikipedia sur la Percée de Sedan. Au 4ème paragraphe du chapitre "Tentative de contre-attaque" qui décrit l'activivité de l'Aviation le 14 mai, il apparaît que le nombre d'aviateurs tués à Sedan ce 14 mai 1940 s'élève à cinq : 1 officier supérieur (Cdt de Laubier chef du GB II/34), 2 lieutenants et 2 Adjudant-chefs (Lt Vauzelle du GB II/34 et Sous-lieutenant Hugot du GB I/12) et 2 sous-officiers (Adjudant-chef Leroy du GB I/12 et Sergent-chef Occis du GB II/34). On est loin de l'hécatombe répétée par plusieurs historiens .





    Commémorations

    • Années 1950 à Dugny-Le Bourget : Plaque commémorative érigée en mémoire des morts pour la France des 34ème et 54ème escadre, transférée dans les années 1970 à la Base Aérienne 117 (bd Victor) au siège de la Cité de l'Air. En 2014, le commandement de cette Base à fait inscrire ces plaques dans le site Chemins et lieux de Mémoire du Ministère de La défense. La dissolution de la Base aérienne 117 de Balard va être fermée en 2015 dans le cadre de la mutualisation et de l’externalisation du soutien du site de Balard.

    • 22 juin 1987 à Metz Frescati : inauguration de la Salle de conférence "Commandant de Laubier" à la Base aérienne tactique de la 1ère Région Aérienne située dans la Base aérienne 128 de Metz-Frescati. Cette Base Aérienne 128 ayant été fermée en 2011, le grand portrait du commandant de Laubier qui ornait cette salle de réunion du FATAC sera installée dans la salle "Commandant de Laubier" du Musée de la BA 901 de Drachenbronn.

    • 20 Mai 1990 à Sedan : cérémonie militaire au lieu où l'avion s'est abattu 50 ans auparavant, présidée par le général Robineau, chef du Service historique de l'Armée de l'Air (vidéo et allocution). Inauguration d'une stèle par le Maire de Sedan au pied de la croix marquant la chute de l'avion.

    • 29 août 1991 à Drachenbronn : Suite à l'ordre du jour du 26 août 1991 signé du général Lartigau commandant la FATAC de la 1ère région aérienne, attribution du nom de tradition "Commandant de Laubier" à la base aérienne 901 de Drachenbronn (Alsace), une cérémonie d'inauguration sous les ordres du Colonel Lavigne remplaçant à cette date le Colonel Paret.

    • 14 mai 1996 à la Base 901 (sous les ordres du Colonel Roccia) : Cérémonie du souvenir.

    • 7 septembre 1998 à la Base 901 (sous les ordres du Colonel de Montchenu) : Inauguration d'une exposition permanente dans la salle de tradition "Commandant de Laubier" par le général Guéniot, commandant la Région Aérienne Nord-Est.

    • 18 mai 2002 à la Base 901 (sous les ordres du Colonel Botella) : Cérémonie du souvenir.

    • 8 mai 2004 à la Base 901 (sous les ordres du Colonel Botella) : Cérémonie du souvenir. Livret de tradition établi à l'occasion de la cérémonie du 8 mai 2004.

    • 30 avril 2008 à la Base 901 (sous les ordres du Colonel Lafond) : Photos de la cérémonie du souvenir et Lecture faite par le Capitaine Lévêque, officier de tradition.

    • 17 octobre 2009, la BA901 accueille le Congrès annuel du Souvenir Français du Bas-Rhin et évoque à cette occasion, sur son site internet, la mémoire du Commandant de Laubier.

    • 2010 : Indication de la stèle marquant la chute de l'avion sur le site des Chemins de mémoire du Ministère de la Défense.

    • 14 mai 2010 à Sedan : des descendants du Commandant de Laubier et le commandant Robert Ankaoua (95 ans) entouré de sa famille ont commémoré le 70ème anniversaire de l'évènement autour de la croix et la stèle qui marque la chute de l'avion, en présence du Capitaine Lévêque, officier de tradition de la BA901, qui a rappelé les circonstances de la mort du commandant de Laubier (vidéo) et lu un message du Colonel Maechler commandant la Base aérienne 901 "Commandant de Laubier".

    • 2011 : le 12 septembre, lors de la passation de commandement du colonel Maechler au colonel Roy, a été inauguré dans un bâtiment à l'intérieur de la Base, le Musée Pierre Jost qui comporte une salle "Commandant de Laubier" où ont été transportés les vitrines de souvenirs du parrain de la Base qui étaient installés depuis septembre 1998 dans un bâtiment peu accessible. Le 18 septembre, lors des journées du Patrimoine, l'accès à ce Musée a été ouvert au public. Le commandement de la Base autorisera les visites de ce Musée sur demande de groupes.

    • 2012 samedi 12 mai à Sedan : Le souvenir Français (présidé par Jean-Paul Secret) et la Mairie de Sedan (représenté par Jean-Claude Closse) ont commémoré (article du Souvenir Français) la mémoire du Commandant de Laubier et de deux membres de son équipage au nouvel emplacement de la croix déplacée sur le domaine public (plan) le 4 septembre 2011 hors du jardin privé où elle n'était plus visible. Photo.

    • 14 mai 2012 : Commémoration en présence de deux du fils du commandant. Lettre du Colonel Roy accompagnant des photos prises lors de cette cérémonie

    • 14 mai 2013 et 14 mai 2014 à la BA901 : Commémorations en présence d'un petit-fils du Commandant

    • 17 Mai 2014 dans Ouest-France : article dans Ouest-France en mémoire du Commandant de Laubier




    Base aérienne 901 "Commandant de Laubier"

    • Du fort Hochwald de la Ligne Maginot à la Base aérienne 901. Description du fort Hochwald sur le site de la Ligne Maginot.

    • Stèle à l'entrée de la Base aérienne 901 :


    • 50ème anniversaire de la Base aérienne 901 "Commandant de Laubier" : Hommage à son Parrain dans l'Écho du Dragon n°199.

    • Livret d'accueil de la Base (2009) - Voir les pages 10 et 11 sur le commandant de Laubier.

    • Le site de la base aérienne 901 sur Wikipedia.

    • Notice dans le dossier n° 187 (juin 2006) du journal de la Base, l'Écho du Dragon : Les parrains des Bases aériennes par le Col (R) Caplet et le Major Giacomazzi.

    • Le site de Drachenbronn-Birlenbach où se trouve la Base 901.
    • Vue aérienne de la Base 901.

    • Le site de la Base 901 "Commandant de Laubier" au Ministère de la Défense et sur l'onglet "Culture et patrimoine" la rubrique biographie de son Parrain.

    • 2 février 2012 : Question orale et réponse du gouvernement au député F. Reiss de la circonscription où est située la Base.

    • Octobre 2014 : Le ministre de la Défense annonce que la Base Aérienne 901, fermera en 2015. Cependant, le site de Drachenbronn continuera d’accueillir des moyens de détection et le personnel nécessaire à leur maintenance, et deviendra un élément air rattaché à la Base aérienne 133 de Nancy (BA 133, CS 40334 - 54201 TOUL Cedex - 0383527272). Depuis 1960, le nom de tradition de cette Base est Commandant Jeandet. Cette base a été endeuillée le 03/02/2015 par la mort de 9 aviateurs en Espagne lors de manoeuvres de l'OTAN.





    Carrière militaire de 1914 (17 ans) à sa mort en 1940 (42 ans)







     
    Màj 27 février 2015 - Contact : commandantdelaubier@gmail.com

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